Calpurnia, Jacqueline Kelly

Nous sommes dans l’Amérique rurale de la fin du 19ème siècle. Calpurnia Tate a 13 ans, elle vit avec ses six frères, ses parents, et son grand-père, un vieil homme qui passe des heures dans son « laboratoire » à faire on ne sait quoi, un homme un peu trop étrange pour que ses petits enfants osent l’aborder. Ils forment une famille aisée quoique agitée – forcément, six garçons ça fait du bruit ! – et heureuse. Calpurnia s’ennuie à mourir en ce long et chaud été… C’est qu’elle n’est pas très douée à l’école : les travaux d’aiguille, les tâches ménagères, les jolies robes, c’est bien joli mais si monotone. Heureusement, Harry, le plus grand de ses frères, son chouchou, lui offre un jour un petit carnet  » Tu peux le prendre pour y noter tes observations scientifiques. Tu es une vraie naturaliste en herbe ! » Ni une ni deux, Callie se met à observer le petit monde qui l’entoure, et l’interroge…Perplexe sur certaines questions, elle finit par mêler à son aventure son grand-père, ce vieil homme loufoque et solitaire. Ils s’éprendront l’un de l’autre, partageant à travers leurs découvertes scientifiques une amitié profonde. Elle pourra compter sur lui pour lui enseigner les secrets de la science et devenir celle qu’elle souhaite, malgré ce que le monde attend d’elle.

On voit dans ce roman une petite fille du haut ses 13 ans chercher sa voie entre son enfance et ses jeux, et sa passion pour les sciences naturelles qui lui donnent goût à une liberté qu’elle doit gagner. Car Callie comprend petit à petit que le monde a des projets pour elle, différents des siens… Calpurnia est une petite fille particulièrement émouvante de par sa sensibilité : elle veut être libre sans blesser son entourage. Elle comprend également que ses frères ont beau être des garçons, pour eux aussi on a des projets qui ne s’accordent pas forcément à leurs caractères, et elle est toujours prête à les défendre, surtout le plus petit, le plus fragile, à le protéger du mieux qu’elle peut…

Ce n’est pas un petit roman – 495 pages – mais il est si bien écrit qu’il se lit si facilement, si vite, avec beaucoup de plaisir… vraiment ue très beau roman que je recommande sans réserve, à lire au soleil… !

 

Quelques passages : 

(Calpurnia à table, face à sa mère qui l’a gronde d’avoir été punie à l’école) :

 » – Je ne veux plus jamais apprendre que tu es allée au coin, Calpuriia, Pour les garçons, je peux comprendre, parfois. Mais toi ! Ta conduite est une tache sur le nom de notre famille. 

– Mais ce n’est pas juste ! 

Il y eut un silence abasourdi. »

 

 » – Pourquoi est-ce que je dois m’occuper des bébés ? demandai-je à mon père. 

– Parce que tu es la fille, répondit mon frère avec désinvolture. 

– Et qu’est-ce que c’est sensé signifier ?! »

 

« Un jour, j’aurais tous les livres du monde, j’en aurais des étagères et des étagères. Je vivrais dans une tour de livres. Je lirais toute la journée en mangeant des pêches. Et si jamais de jeunes chevaliers en armure osaient venir m’appeler sur leur destrier blanc, me suppliant de défaire ma longue chevelure, je les bombarderais de noyaux de pêche jusqu’à ce qu’ils rentrent chez eux. »

 

« Mieux vaut voyager l’espoir au cœur que d’arriver sain et sauf. »

 

(A propos de son petit frère, un adorable bout de chou au coeur d’artichaud) : « II était aussi fragile et vulnérable qu’un poussin qui vient de naître, encore humide et vacillant sur ses pattes. Comment pourrais-je empêcher qu’il ait le coeur brisé ? »

 

« Je pris le sandwich et De Grandes Espérances, puis me laissai tomber sur le lit avec le sentiment que c’était le comble de la volupté. Aaah ! Lit, livres, chaton, sandwich ! Que désirer de plus dans la vie ? »

 

« Quand on joue du piano, les notes s’évanouissent dans l’air dans la seconde qui suit, et il n’en reste rien. Pourtant, la musique apporte de la joie, et jouer du ragtime rend tout le monde euphorique au point de sauter et de danser dans tout le salon. Qu’est-ce à la broderie apportait ? Quelque chose de décoratif, de permanent, et parfois d’utile, oui, mais je trouvais que c’était un travail morne et silencieux, qui convenait à un jour de pluie, quand on a pour seule compagnie le tic-tac monotone de l’horloge du salon. Un travail de souris. »

 

Calpurnia, Jacqueline Kelly, première de couverture illustrée par Beth White, traduit par Diane Menard, collection Medium de l’Ecole des Loisirs. – existe en format souple à 8 euros et des brouettes.

Petite note aux anglophones, il existe une suite qui a l’air très très chouette The cuirous world of Calpurnia Tate ( « Le monde curieux de Calpurnia Tate ») mais qui n’existe pas (encore ?) en français…

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