Le cœur plus gros que le ventre, Christophe Renault

Marylou est une jeune fille un peu à part : depuis toujours elle subit sagement les moqueries de ses camarades à cause de son poids, et elle supporte ses parents malgré leur insupportable penchant pour la raison et l’obéissance aux règles, et leur côté vieux jeu. Marie-Louise, déjà ce n’est pas un nom très fréquent chez les jeunes filles, mais en plus Marylou se doit de porter les cheveux longs comme toute jeune fille bien comme il faut, elle ne doit pas se maquiller, ne doit pas répondre, pas arriver en retard pour dîner.. Elle n’a d’ami que Papy Tambour, son papi chéri à qui elle rend visite chaque jour à l’hôpital. Mais Marylou aime aussi le théâtre, et elle en fait tout les mercredis : à la fin de l’année, ils joueront Antigone de Jean Anouilh – Antigone la rebelle, l’indomptable, en a beaucoup à apprendre à Marylou, et une fois lancée Marylou est une vraie tempête !

Et puis aussi, surtout, il y a ces lettres amenées par un étrange chien nommé Hémon, qui parviennent enroulées dans un ruban rouge, à Marylou, des lettres d’amour, des lettres d’espoir, de courage…

C’est le titre de cet ouvrage qui m’a attiré. Puis l’extrait au dos. Mais enfin, c’est surtout en parcourant quelques pages, les répliques de la petite Antigone  d’Anouilh qui m’ont sauté au visage : puisque Antigone est un de mes ouvrages préférés (j’ai toujours un exemplaire dans mon sac… ! ), si Marylou était une Antigone à sa façon, elle ne pouvait que me plaire. Et oui, Marylou est une jeune fille merveilleuse, qui n’a pas la langue dans sa poche quand elle prend confiance en elle, et qui manie les mots de façon délicieuse, à nous faire rire et pleurer. Sans parler de Papy tambour, un personnage malicieux à souhait très très attachant ! L’histoire, quoique un peu fantasque, traduit tout le charme de l’adolescence et du premier amour…


Extraits :

 » Chère Marylou,

Ce que je sais de toi n’est rien en regard de ce que je voudrais connaître. Seuls ton prénom et ta voix sont ce que j’ai pu, au gré des jours où j’ai savouré ta présence, apprendre de toi. Le charme de l’un et la douceur de l’autre me donnent, dans tes absences, le bonheur de rêver. Tu es la lumière que, dans mes nuits, j’avais fini par oublier et le mouvement que, dans mon corps, j’avais cru sage d’enfouir à tout jamais. Merci d’exister et d’être cet espoir, vu qu’on n’en avait plus beaucoup…

Samuel »

 

« J’eus dans mes larmes l’envie de hurler, à la face de ma mère comme à celle de la rue ! De hurler que j’en avais marre d’eux et de leur foutue raison qu’il faut toujours garder ! De hurler que c’est facile de suivre le droit chemin quand on a la bonne taille pour y avancer ! Oublions les souvenirs… Des classes primaires à aujourd’hui, j’en ai trop supporté ! Mieux vaut tout oublier. Toujours continuer… Sans dire un seul gros mot, sans répondre aux moqueries, en suivant tous ses cours et son bonhomme de chemin ! Et bien, non ! Merde ! Ras-le-bol de m’abîmer : moi, je suis hors gabarit. Laissez-moi prendre ma route. La vôtre est trop étroite. »

 


Ecrit par Christophe Renault (illustration de couverture par Mathilde Arnauld en ce qui concerne l’exemplaire avec la jeune fille blonde assise par terre), édité par Petit à petit.

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